Dossier : Vers la fin des records olympiques ?

iStock_000013321903XLargeLa citation « Citius, Altius, Fortius » ou « Plus vite, plus haut, plus fort » est la devise des Jeux Olympiques modernes ; et ce n’est pas pour rien !

Les Jeux Olympiques se sont toujours inscrits dans une volonté de dépassement des limites du corps humain. Les records sportifs s’enchaînent depuis leur création amenant les participants à se dépasser en permanence.

Pourtant, une étude menée par l’IRMES (l’Institut de Recherche Biomédicale et d’épidémiologie du Sport) tend à montrer que ces records olympiques sont en diminution et pourraient même totalement disparaître en 2060 ! On aurait atteint les limites de nos capacités physiques, ce qui empêcherait les sportifs de battre de nouveaux exploits.

Cette étude ne prend cependant pas en compte tous les paramètres en cause. En effet, les records ne dépendent pas uniquement du  physique des sportifs : les techniques et les technologies des sports, les méthodes d’entraînement, les prédictions météo de plus en plus précises, le dopage en tout genre et enfin les prédispositions génétiques doivent également être considérés.

Ici, nous tentons de décrire ces éléments pour mieux visualiser à quel point le sport peut difficilement cesser d’évoluer.


Une étude de l’IRMES, datant de 2007, fixe les limites des records théoriques dans plus 147 disciplines. Aujourd’hui, certains d’entre-eux sont déjà relevés. Pour arriver à des résultats plus proches de la réalité, il faudrait pouvoir isoler chaque facteur de performance et voir de quelle marge de progression il bénéficie.

QUELQUES REPÈRES

100 m masculin
limite théorique : 9 s 67
record du monde : 9 s 58 (Usain Bolt)

200 m masculin
limite théorique : 18 s 99
record du monde : 19 s 19 (Usain Bolt)

Saut en hauteur masculin
limite théorique : 2,50 m
record du monde : 2,45 m (Javier Sotomayor)

100 m nage libre masculine
limite théorique : 48 s 80
record du monde : 46 s 91 (César Cielo Filho)

400 m nage libre féminine
limite théorique : 4 min 01 s 74
record du monde : 3 min 54 s 92 (Johane Jackson)


Aller toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus vite ! Les jeux olympiques se sont toujours inscrits dans une volonté de dépassement des limites du corps humain. Lorsque le premier sprinteur est passé sous la barre des 10 secondes au 100 m ou le premier nageur sous la barre de 50 secondes pour deux longueurs de bassin, le monde entier s’exclame et applaudit. Il se pose alors la question : « mais jusqu’où iront-ils ? »

Selon l’étude menée dans un laboratoire de recherches sur l’entraînement sportif, il est possible de construire un modèle statistique pour déterminer la performance maximale que peut accomplir le corps humain. Ce travail a été réalisé sur plus de 3263 records relevés dans 147 disciplines différentes. Aussi, en 2007, les records du monde auraient atteint 99% des limites estimées pour le corps humain !

Les records olympiques disparaîtront en 2060 !

Ce modèle statistique prend d’abord en compte des facteurs qu’on appelle « exogènes ». Ils comprennent la gravité terrestre et la résistance de l’air ou de l’eau. En effet, il est humainement impossible de défier les lois de la nature qui nous sont imposées. Des calculs savants peuvent donner un ordre de grandeur des limites de vitesse que l’homme est capable d’atteindre dans tel ou tel milieu (air/eau). Ensuite, les facteurs « endogènes » sont ajoutés au modèle. Il s’agit, par exemple, des limites de la mécanique osseuse et musculaire de l’athlète. On peut illustrer ce cas par le saut en hauteur : si un saut était effectué au-delà de 2,50 m, la force d’impulsion au moment de l’appel au saut serait tellement importante qu’elle briserait le col du fémur de l’athlète !

D’une part, l’étude fixe les performances possibles et les années où elles seront réalisées, discipline par discipline. Le coureur le plus rapide du monde devrait ainsi franchir la ligne des 100 m en 9 s 67 durant l’année 2019 tandis que la performance de Laure Manaudou sur 400 m nage libre ne devrait pas être grandement améliorée car ses 4 min 02 s sont très proches de la limite ultime définie à 4 min 01 s.

D’autre part, cette étude statistique montre que les records sont de plus en plus proches les uns des autres. Les écarts observés entre deux records dans la même discipline apparaissent de plus en plus petits. L’analyse mathématique des 3263 records répertoriés dans le monde permet une conclusion commune à toutes les disciplines sportives : les records ont commencé à diminuer à la fin des années 1960. D’après Jean-François Toussaint, directeur de l’IRMES, il faudra bientôt mesurer un 100 mètres au millième de seconde, un marathon au centième ou progresser par gramme en haltérophilie pour observer des records dans ces disciplines ! 

Il faudra mesurer un 100m au millième de seconde

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Une étude statistique de 2007 nous annonce que le coureur le plus rapide du monde devrait franchir la lige des 100 mètres en 9 s 67 durant l’année 2019 !

En réalité, Usain Bolt a inscrit 9 s 58 sur le tableau des records en 2009 …

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La principale critique à l’encontre de cette étude est qu’il s’agit de pronostics et non de vérités prouvées scientifiquement. Les limites restent théoriques. Les performances sportives et les capacités humaines devraient pouvoir être sans cesse améliorées. D’ailleurs, il existe de plus en plus de facteurs ergogéniques (voir ci-dessous) qui permettent aux sportifs de continuer à progresser. Un sport, et ceux qui le pratiquent, n’est pas quelque chose de figé mais est au contraire nourri par l’évolution de la société. Par exemple, si le nageur Michael Phelps a battu 5 records aux J.O. de Pékin en 2008, c’est parce qu’il portait un nouveau modèle de combinaison entraînant un gain considérable en terme d’hydrodynamisme et de flottabilité.

De plus, le règlement associé à chacune des disciplines joue également un rôle dans les résultats obtenus. Il varie en fonction des nouvelles avancées technologiques et définit donc aussi les futurs records.

Cela étant, ces travaux auraient de nombreuses applications concrètes. Ils peuvent servir de références dans l’étude des facteurs individuels qui participent à la fabrication des champions olympiques. Ils peuvent également servir de références dans la lutte anti-dopage. Enfin, ils permettent de définir le profil parfait du sportif (âge, moment dans la saison) en vue d’atteindre l’optimum du potentiel physique qui correspond au record du monde.

10_DOSS_enginTrainingUn facteur ergoquoi ? Les athlètes utilisent des ressources de plus en plus importantes et diverses afin d’atteindre des performances toujours supérieures aux précédentes. L’entraînement physique, les avancées techniques et technologiques, les stratégies psychologiques mais aussi l’optimisation du matériel sportif, le suivi médical et diététique et toutes sortes de techniques de dopage de l’organisme sont ce qu’on appelle des facteurs ergogéniques.

Toutes ces aides sont liées au développement des sciences et des techniques et sont de plus en plus nombreuses, en particulier les biotechnologies et la génétique.


PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT
GRÂCE À LA TECHNIQUE ET AUX TECHNOLOGIES

La réalisation d’un record olympique n’est pas uniquement due au physique des athlètes ! La technique sportive ainsi que les nouvelles technologies du sport priment souvent. Si on les prend en compte, il devient difficile de prédire les épopées futures dans les différentes disciplines.

Les avancées techniques et, en parallèle, les progrès technologiques ont permis l’amélioration considérable des performances sportives au cours du temps. Le milieu des années 60 a marqué une grande révolution dans la technologie sportive.

PLUS HAUT

La discipline du saut à la perche a fait l’objet d’une nette évolution dans les années soixante. Au début de l’ère moderne des Jeux Olympiques, la perche était constituée de bois ou de bambous et les athlètes retombaient sur du sable. C’est dans les années 60 que les perches en fibres de carbone, plus souples, plus légères et plus résistantes, qu’on utilise encore aujourd’hui, font surface. Elles permettent de pratiquer la discipline avec des perches beaucoup plus longues. Ainsi, les perches extrêmement flexibles peuvent assurer un effet catapulte qui convertit en hauteur la puissance de l’élan de l’athlète ! Au même moment, des matelas en mousse ou en polyester viennent envahir les zones d’atterrissage.

Sans ces matelas, la nouvelle technique du « saut à l’envers » que Dick Fosbury amena dans l’histoire du saut en hauteur n’aurait jamais été possible ! (voir ci-après)

10_DOSS_FosburyLe saut de Fosbury

Un jeune sauteur en hauteur américain, Dick Fosbury, passa la barre à l’envers (dos à la barre) pour la première fois aux Jeux Olympiques de 1968 au Mexique ! Il arrive alors dos à l’obstacle puis saute en levant en dernier les deux pieds au-dessus de la barre et retombant sur ses omoplates. Cette technique n’a pu exister que grâce à la présence des matelas en mousse sur la zone d’atterrissage. Jusqu’en 1960, les sauteurs avaient l’habitude de retomber sur du sable. Il faut cependant noter qu’il n’est pas le premier à avoir révolutionné la technique du saut de son époque. Georgie Horine, par exemple, inventa, en 1912, la technique du rouleau californien. Il s’agissait d’enrouler la barre de face après une prise d’élan latérale.

SUR DEUX ROUES

En cyclisme, diminuer le poids des coureurs et des vélos a permis un gain net de temps de parcours sur n’importe quelle distance ! En effet, lorsque le cycliste se déplace, trois types de résistance s’opposent à son mouvement et le ralentit. Il s’agit de la résistance aérodynamique (voir encadré, page suivante), de la résistance au déplacement des roues sur le sol et de la force de gravité. Le poids joue un rôle important dans les trois cas ! Plus le système coureur-vélo sera léger, plus il sera rapide !

En matière de techniques, des critères de postures sont mis en place pour diminuer cette surface frontale. Idéalement, le dos devrait être parallèle au sol, les coudes très rapprochés et la tête baissée pour ressembler au maximum à l’idéal aérodynamique qui est la goutte d’eau. Aussi, il est plus économique, en termes d’énergie, de se placer dans le sillage d’un autre cycliste que d’être en tête de peloton. Le coureur profite alors d’un « abri aérodynamique » apporté par son concurrent !

En matière de technologies, des vélos plongeants et profilés ont vu le jour mais aussi des roues pleines, des guidons type triathlète qui améliorent la pénétration dans l’air, des formes de casques aérodynamiques, des combinaisons lisses et moulantes…

10_DOSS_cyclism2Allègement des coureurs ?

La résistance aérodynamique exprime la difficulté d’un objet en mouvement à se déplacer contre l’air. Plus petite sera la surface de l’objet ou sa « surface frontale », plus la résistance de l’air sur lui sera faible et plus il aura de facilités pour avancer. Diminuer le poids des cyclistes permet de diminuer leur surface corporelle. Cela veut dire que les sportifs subiront moins de frottements face au vent puisque leur surface frontale sera diminuée. Ils seront donc moins ralentis.

LES PIEDS SUR TERRE

En athlétisme, la révolution des lames de fibres de verre placées sous le revêtement synthétique du sol permet de restituer l’énergie du coureur ! L’impact de l’athlète lors de la foulée de ses pieds déforme le sol en enfonçant sa surface plus ou moins profondément. Quand le sol reprend sa forme initiale, il restitue une partie de l’énergie qu’il a emmagasinée. Pour être utile, cette restitution doit intervenir pendant que le pied est encore au contact avec le sol. Les fibres de verre permettent d’atteindre cette condition. Le sol reprend plus vite sa forme et est donc un sol plus performant !

COMME UN POISSON DANS L’EAU

En natation, c’est la combinaison complète en polyuréthane qui, dernièrement, a révolutionné la discipline. Celle-ci permet de créer une pellicule d’air entre l’eau et la peau. Comme l’air a une résistance bien inférieure à l’eau, le passage du nageur dans l’eau est plus rapide. De plus, elle contribue à augmenter sa flottabilité. Un nageur sans combinaison utilisera plus de puissance pour rester au-dessus de l’eau. Une meilleure flottabilité permet d’utiliser cette énergie pour mieux se propulser vers l’avant.   

Aussi, si les scientifiques ont longtemps pensé que le déplacement d’un objet sous l’eau était plus rapide avec une surface lisse qu’avec une surface rugueuse, l’observation de la peau du requin leur a prouvé le contraire. Les chercheurs se sont alors inspirés de cette observation pour créer une combinaison en polyuréthane la plus « hydrodynamique » possible ! Ce type de pratique se nomme le « biomimétisme ».

10_DOSS_ecaille_requinComment les combinaisons de natation ont-elles évolué : le « biomimétisme » ?

Le « biomimétisme » est l’inspiration des meilleures idées de la nature pour les mettre au service de l’homme. Il a eu un impact très important dans l’histoire de la natation ! Les requins ont servi de modèle aux chercheurs qui étaient en quête d’idées pour améliorer la vitesse des nageurs professionnels. Une raison importante explique cet engouement. La peau des requins est munie de petites écailles où apparaissent des micro-canaux qui retiennent l’eau, créant ainsi une pellicule d’eau tout autour de l’animal (cfr illu ci-contre). Celle-ci lui permet de glisser dans les profondeurs des océans avec une grande facilité. L’écoulement de l’eau se fait alors parallèlement à l’avancée du requin, c’est ce qui s’appelle l’écoulement laminaire. Les chercheurs se sont inspirés de cette caractéristique pour créer une surface de combinaison à rayures micrométriques afin de limiter les frottements dans l’eau. Le nageur doit alors fournir moins d’énergie pour avancer. On note néanmoins que certaines combinaisons de type « peau de requin » ont été interdites par la FINA (Fédération Internationale de Natation) car elles ne laissaient plus suffisamment de place à la puissance physique des sportifs !

LES MÉTHODES D’ENTRAÎNEMENT

10_DOSS_chronophotographieSi chaque discipline sportive a connu ses propres avancées dans le temps, de nouvelles technologies touchent les sports olympiques dans leur ensemble. Elles visent à rendre l’entraînement des sportifs, le classement des participants et la définition du niveau des adversaires le plus efficace et précis possible.

L’une d’entre-elles se nomme la chronophotographie et a été inventée par Marey en 1890. Il s’agit d’une technique photographique qui permet de prendre une succession de photos à intervalles réguliers. Elle permet d’étudier le mouvement décomposé de l’objet d’intérêt.

Cette technologie n’arrête plus d’évoluer et de nouveaux logiciels de ce type sortent tous les jours.

10_DOSS_skiL’analyse vidéo pour améliorer l’entraînement ?

La chronophotographie permet de comparer le mouvement et la trajectoire de deux athlètes qui ont été enregistrés à différents moments pendant le même exercice physique. Il permet de mettre en évidence ce qu’un dixième de seconde de différence entre les deux sportifs peut représenter lors d’une compétition. Des séquences vidéo permettent donc de visionner de manière plus détaillée ce que nos propres yeux ne peuvent voir. Aussi, en transformant plusieurs images en une séquence image par image, ils permettent de révéler des positions clés dans les jeux de tactiques et soulignent la trajectoire des objets en mouvement, comme les balles, en décomposant leur trajectoire en images statiques. Une visualisation répétée des fautes commises par le sportif lui permet de s’entraîner de façon plus précise.


PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT
GRÂCE AU DOPAGE (*)

Pour contourner les limites de leurs performances, les sportifs ont recours à des stratégies diverses.
Parmi elles, ce qu’on nomme communément le dopage occupe une place de taille ! Il désigne les processus, le plus souvent chimiques, qui améliorent artificiellement les performances sportives.

* : Le dopage est généralement compris comme l’usage prohibé de substances ou de médicaments dans le but d’améliorer des prestations athlétiques. Dans ce dossier, nous l’envisageons comme l’ensemble des procédés, aussi bien autorisés – entraînement en altitude, p.ex. – qu’interdits par les règlements sportifs comme l’usage d’hormones, d’EPO ou l’autotransfusion. NDLR

Quoiqu’on en dise, le dopage n’est pas une pratique propre à notre génération. La volonté d’optimiser nos performances sportives remonte à l’antiquité grecque, notamment à partir de la création des premiers rassemblements sportifs.

Les athlètes ingéraient déjà des substances telles que des viandes qui étaient choisies en fonction de la discipline sportive exercée. Les sauteurs mangeaient de la chèvre, les lanceurs de disque mangeaient du taureau pour augmenter leur force tandis que les lutteurs avalaient de la viande grasse de porc.

10_DOSS_tribulusAussi, à cette même époque, les lutteurs connaissent déjà la plante de tribulus (illu ci-contre) dont les extraits de fruits améliorent les performances des haltérophiles. Aujourd’hui, on sait que cette plante contient, en effet, plus de composants naturels nécessaires à la fabrication des hormones comme la testostérone que d’autres plantes ordinaires.

Plusieurs siècles plus tard, c’est l’utilisation de plantes à des fins stimulantes qui devient répandue dans le monde. En Afrique tropicale, la noix de Kola procure des vertus physiques et intellectuelles tandis qu’en Amérique du Sud, les feuilles de coca sont mastiquées pour diminuer la sensation de faim et de froid.

10_DOSS_soldatUKLe dopage tel que nous le connaissons aujourd’hui est apparu dans le sport de haut niveau à la suite de la seconde guerre mondiale. Durant ce conflit, les armées allemandes utilisent la testostérone pour augmenter l’agressivité de leurs combattants et les Britanniques conseillent les amphétamines pour maintenir la vigilance des soldats.

Aujourd’hui, les pratiques de dopage ont beaucoup évolué. Elles sont nombreuses mais peuvent néanmoins être classées en deux grandes catégories : fabriquer de la masse musculaire et fabriquer des globules rouges.

FABRIQUER DU MUSCLE

La première catégorie comprend toutes les techniques qui permettent d’augmenter la masse musculaire. Elle est intéressante pour tous les sports de vitesse ou de force (haltérophilie, saut, lancer, 100 m course, 50 m nage). On parle de dopage du métabolisme anaérobie.

Ce métabolisme est l’ensemble des opérations du corps humain qui ne nécessite pas la présence d’oxygène. On l’observe lors d’un effort intense de courte durée. Pour améliorer ce type de performance, il faut augmenter la masse musculaire du sportif. Deux techniques au moins existent : l’une chimique (ci-contre à gauche), l’autre physique (ci-contre à droite).

Les hormones anabolisantes (processus chimique)

En physiologie, les hormones, (produites par les glandes) sont des petites protéines qui se déplacent dans tout l’organisme pour venir se fixer sur des récepteurs spécifiques. Elles agissent comme une clé qui viendrait trouver la serrure pour laquelle elle est faite. D’autre part, l’anabolisme est l’ensemble des systèmes de synthèses des molécules qui seront assimilées par l’organisme. C’est-à-dire tout ce qui aboutit à construire nos propres tissus. Pour augmenter la masse de muscles, il faut favoriser la constitution de nos tissus à partir d’éléments simples puisés dans l’alimentation. On parle «d’engrais musculaire». Les hormones anabolisantes sont donc de petites protéines que le sportif ingère pour augmenter sa masse musculaire. Ces hormones viennent se fixer sur les clés et ouvrent la voie pour fabriquer plein de muscles !

10_DOSS_halterophilie***

Typiquement, un sport comme l’haltérophilie nécessite beaucoup de puissance musculaire pendant très peu de temps. C’est donc le métabolisme anaérobie que l’entraînement des sportifs cherchent à améliorer. Jusqu’en 1995, les cas de dopage avérés sont tellement nombreux que le Comité Olympique International menacera de purement et simplement retirer la discipline du programme olympique.

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10_DOSS_electrostimL’électrostimulation (processus physique)

Il s’agit d’utiliser des courants électriques pour provoquer la stimulation musculaire. Des plaquettes de métal qui transmettent le courant sont disposés sur la peau à des endroits appelés points moteurs qui est la jonction entre un muscle et son nerf moteur. Chaque influx électrique engendre une contraction qui peut être apparentée à un travail de musculation. Elle permet une sélection précise de l’intensité du travail et des fibres musculaires activées. La controverse autour de ce type de pratique réside dans la tolérance à l’influx électrique.

FAIRE DES GLOBULES ROUGES

La deuxième catégorie comprend toutes les techniques permettant d’augmenter l’endurance ou l’aptitude à consommer de l’oxygène. C’est utile pour tous les sports d’endurance (cyclisme, athlétisme, course 400 m, 100 m nage). On parle de dopage des métabolismes aérobies.

Le métabolisme aérobie est l’ensemble des opérations du métabolisme qui requiert la présence d’oxygène. Il consiste à dégrader les glucides, les lipides et secondairement les protides à l’aide de l’oxygène de l’air. Le tout se déroule à l’intérieur des mitochondries. Comme le transport de l’oxygène vers les muscles est réalisé par les globules rouges, l’augmentation du nombre de ces derniers permettra une meilleure endurance. Il existe au moins quatre techniques : l’entraînement en altitude, l’autotransfusion sanguine, l’EPO et les grossesses d’état. Elles sont décrites ci-après.

10_DOSS_altitudeL’entraînement en altitude

Autour de nous, il gravite en permanence une couche d’air composée principalement d’oxygène et d’azote. Lorsque nous grimpons en altitude, nous laissons une partie de cette couche d’air « en bas ». On dit que la pression de l’air est faible. Le résultat est que nous avons moins d’oxygène à notre disposition. Pour s’adapter à ces conditions, le corps humain va d’abord augmenter sa ventilation, ensuite accélérer son rythme cardiaque et, enfin, augmenter son taux de globules rouges pour améliorer sa capacité à transporter l’oxygène. Les sportifs s’entraînent en altitude pour bénéficier de cet avantage pendant les semaines qui suivent leur retour.

 

L’autotransfusion sanguine

Elle consiste à prélever du sang qui est sur-oxygéné à une personne pour le lui réinjecter par la suite. Juste après un entrainement en altitude ou après une cure d’EPO,  les médecins prélèvent 1l de sang qui sera conservé selon un protocole rigoureux. Pendant cette période, le sportif recréera le sang qu’il a perdu. Dans la semaine qui précède la compétition, le sang est réinjecté, entraînant une hausse finale de son taux de globules rouges.

L’EPO (erythropoïétine)

L’EPO est une hormone habituellement sécrétée par les reins. Elle migre vers la moelle osseuse où elle stimule la production des globules rouges. Pour améliorer cette production, l’EPO peut être créée de façon artificielle à l’aide d’outils génétiques (ADN recombinant) et injectée aux sportifs de façon répétée. Les doses administrées peuvent atteindre des sommets. Aussi, trop de globules rouges entraînent une augmentation de la viscosité du sang. Ceci peut mener à des accidents vasculaires cérébraux comme des thromboses (caillots de sang dans les veines de la tête).

10_DOSS_brochard***

Lors du Tour de France 1998, l’équipe Festina est convaincue de dopage, notamment à l’EPO. Laurent Brochard (ci-contre) avouera la pratique généralisée et médicalisée du dopage au sein de l’équipe. Contrairement à Richard Virenque qui continuera à nier.

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Les grossesses d’état

Dans les années 50, plus d’un tiers des athlètes féminines de l’Europe de l’Est sont enceintes. Il faudra attendre les années 80 pour comprendre le phénomène. En réalité, les entraîneurs provoquaient ces grossesses afin de profiter des effets physiologiques qu’elles engendrent. Lorsque le fœtus est dans l’utérus maternel, son sang contient très peu d’oxygène. Pour ne pas mourir étouffé, il produit des globules rouges capables de fixer l’oxygène très efficacement. Ce processus provient de l’hémoglobine (fixateur d’oxygène contenu dans les globules rouges) qui est modifié. Pendant les trois premiers mois, un surplus de globules rouges riches en hémoglobine est donc disponible pour les fibres musculaires de la mère. Après ce délai, la prise de poids devient trop importante et les athlètes se faisaient donc avorter.


PLUS VITE ? PAS TOUT LE MONDE !

Et si la génétique pouvait, elle aussi, jouer un rôle dans l’accomplissement des records ? Malgré que nous soyons tous des êtres humains, nous ne sommes pas tous égaux face au sport ! Des traits de caractère innés chez des athlètes peuvent jouer directement en leur faveur. Ces traits peuvent apparaître chez des sportifs isolés mais parfois aussi dans l’ensemble d’une population. Ceci peut mener à des compétences nationales de hauts niveaux dans des disciplines spécifiques. Néanmoins, il n’est pas toujours facile de séparer les caractères innés des caractères acquis. L’environnement dans lequel on naît, les habitudes culturelles et de multiples raisons économiques jouent aussi un rôle dans le cloisonnement des performances par pays. 

La génétique est un élément non négligeable qui peut justifier la performance des sportifs dans une discipline donnée.  La question de savoir pourquoi les coureurs d’origine africaine réalisent plus de records que les coureurs du reste du monde est un exemple intéressant. Une étude réalisée par l’Institut australien des neurosciences et de recherche sur les muscles a pu mettre en évidence une éventuelle cause génétique à cette question : le gène ACTN3 (voir encadré). Il expliquerait pourquoi ces populations ont une facilité face à la course.

Aux États-Unis, les résultats de cette étude ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. L’ATLAS (Athletic Talent Laboratory Analysis System) est une société qui propose de tester la présence du gène ACTN3 sous la forme sauvage ou mutée. C’est réalisé à partir d’un kit dans lequel se trouve un morceau d’ouate à appliquer quelques secondes dans la bouche. L’extraction de quelques cellules de l’intérieur de la joue permet de définir si oui ou non nous sommes faits pour courir! Il paraît évident qu’il s’agit là d’une dérive de haute amplitude. Il est possible que la plupart des meilleurs coureurs africains soient porteurs d’un gène commun. Cela dit, le phénomène ne fonctionne pas dans l’autre sens. Toutes les personnes qui possèdent cette forme de gène ne sont pas faites pour devenir championnes de course ! D’autres caractères innés entrent en compte comme une grande taille, des extrémités allongées pour assurer une meilleure propulsion ou des réflexes du tendon rotulien plus rapides.

D’autre part, il est indispensable de rester prudent sur les conclusions d’études de génétique des individus. Il se peut que les raisons de cet avantage sélectif dans la course soient de l’ordre de la culture, de l’entraînement, de la situation économique ou de l’environnement géographique des populations cibles. Par exemple, l’apprentissage de la course à pied ressemble à celui des langues. Au Kenya, la course à pied se transmet de génération en génération. Dès l’âge de 7 ans, les Kenyans parcourent en moyenne 10 km par jour !

10_DOSS_noahngenyEnfin, la notion d’échantillonnage est indéniable. Plus le nombre de coureurs est élevé dans une population, plus il sera facile de trouver de grands champions dans le lot. Aussi, c’est souvent après un « boom » sportif qu’un sport spécifique devient ultra-populaire dans un pays. Au Cameroun, les demandes d’adhésion aux clubs de foot ont explosé après la médaille olympique de l’équipe nationale tandis que le Kenyan Noah Ngeny (ci-contre), d’abord champion de Volley, s’est orienté vers la course à pieds parce que « au Kenya ce sont les coureurs qui deviennent les héros Nationaux ! ».

Une cause génétique aux prouesses des coureurs africains ?

Le gène ACTN3 code pour une protéine qui augmente la force et la vitesse de contraction des fibres rapides des muscles. Ces fibres sont utilisées à forte dose lors d’un effort important tel le sprint. Plusieurs études ont été réalisées sur ce gène à partir d’athlètes australiens opposés à des athl­ètes africains. Les résultats indiquent que tous possèdent le gène mais que seuls les africains en possèdent une version « sauvage » c’est-à-dire originale ou non mutée.  Au cours du temps, la nature aurait favorisé les individus porteurs du gène sauvage dans ces régions ce qui leur permet d’être plus efficace lors des 100 m. Ceci mettrait en évidence un avantage sélectif pour les sportifs africains. Cet avantage pourrait faire partie de leur patrimoine génétique depuis de longues années.


PLUS HAUT ? PAS PAR TOUS LES TEMPS…

Certains paramètres qui sont totalement hors de notre portée jouent également un rôle dans l’accomplissement d’exploits sportifs. L’environnement, et en particulier les conditions météorologiques, en est un bon exemple.

La météo joue un rôle important dans les limites des performances des sportifs. La vitesse et la puissance du vent peuvent modifier les chronos d’un record de vitesse même en ne variant que très peu. Le cas d’Usain Bolt qui améliore son record au 100 m de 9 s 76 à 9 s 72 en moins de 3 semaines en 2008 avec une vitesse du vent qui passe de 1,8 m/s à 1,7 m/s peut en être un exemple intriguant.

De plus, il semble qu’un temps orageux soit plus propice aux records qu’un temps chaud et sec. L’exemple précédent du 100 m remporté par Usain Bolt s’était déroulé juste après un gros orage. De la même façon, en 1968, Bob Beamon bat le record de saut en longueur à Mexico dans des conditions identiques. L’électricité due à l’orage rendrait moindre la résistance de l’air ce qui favoriserait l’amélioration des performances.


Les records olympiques sont donc tributaires de toute une série de paramètres que nous pouvons contrôler, ou pas. De toute évidence, il est impossible de prévoir les avancées techniques du futur en matière de dopage, de technologies nouvelles, de génétique ou de facteurs environnementaux. Néanmoins, il faut prendre en compte que malgré les progrès éblouissants de l’industrie du sport et des moyens économiques mis en jeux depuis une cinquantaine d’années, l’écart entre les records, en terme de temps, est de plus en plus petit.

Il n’est pas improbable que nous ayons mis nos capacités à rude épreuve et qu’une limite physiologique finisse par apparaître.

Néanmoins, il faut garder à l’esprit que l’homme a toujours voulu aller plus loin, plus haut et plus fort. Les limites du corps ne correspondent pas forcément à celles qui sont mises en place par l’homme. La volonté de se dépasser est omniprésente et il paraît difficile d’imaginer qu’elle puisse s’arrêter un jour.