Dossier : Magie et sciences, les complices

Young male magician throwing magic powder

Les sciences et la magie, on peut dire que c’est une grande histoire d’amour ! Bien sûr, la dextérité et l’entraînement sont les maîtres mots du magicien, mais afin de réaliser bon nombre de ses tours, celui-ci doit s’appuyer sur des principes scientifiques. Il exploite les sciences pour créer des illusions, des mécanismes ou encore des mélanges lui permettant de créer des effets grandioses ! Dans cet article, nous allons passer en revue certaines des techniques scientifiques utilisées dans la magie. De la grande illusion au close-up, nous te montrerons que le magicien est en fait un scientifique … un peu fou !

Un dossier préparé et rédigé par Sébastien Schlim, animateur scientifique aux JSB
Première parution : Ébullisciences n°342, avril-mai 2012


iStock_000016212898MediumAVANT DE NOUS LANCER DANS LA COMPRÉHENSION DES PRINCIPES SCIENTIFIQUES RÉGISSANT CERTAINS TOURS DE MAGIE, IL FAUT SAVOIR EXACTEMENT CE QU’EST UN TOUR DE MAGIE ! LA PLUPART DES GENS PENSE, À TORT, QU’UN TOUR DE MAGIE SE RÉSUME À UN «TRUC». EN FAIT, UN TOUR DE MAGIE EST BIEN PLUS QUE CELA ! LE VRAI FONDEMENT N’EST PAS LE «COMMENT» MAIS BIEN L’IMPACT DE L’EFFET PRÉSENTÉ. ET LA PRÉSENTATION DU TOUR A AUTANT D’IMPORTANCE QUE LE TOUR EN LUI-MÊME. LE RÔLE DU MAGICIEN EST JUSTEMENT D’ARRIVER À FAIRE OUBLIER QUE C’EST TRUQUÉ. POUR

rabbit isolated on white background

CELA, IL DISPOSE DE TOUTE UN ÉVENTAIL DE TECHNIQUES QUI VA BIEN AU-DELÀ DU SIMPLE «TRUC». EN VOICI QUELQUES UNS AFIN QUE TU PUISSES PLUS FACILEMENT COMPRENDRE ET APPRÉHENDER LE FONCTIONNEMENT ET LE DéROULEMENT D’UN TOUR DE MAGIE.

Le boniment

Le boniment est l’histoire que va mettre en place le prestidigitateur afin de donner de la consistance à son tour. Tous les tours ne nécessitent pas de boniment, certains se contentent d’un fond sonore. D’autres, par contre, auraient beaucoup moins d’effet sans l’histoire qui l’accompagne. Grâce à l’histoire et l’ambiance qu’il installe, le magicien va charmer son assistance et l’effet du tour n’en sera que grandi. Ainsi, un même tour présenté de deux façons pourra sembler totalement différent. Le boniment sert également à faire oublier aux personnes présentes la question qui les taraude en permanence lors d’un spectacle de magie : quel est le truc ? Si le magicien arrive à faire oublier cette question et à embarquer son public sur la magie des effets présentés, il gagnera ce public à sa cause, ce dernier se souviendra de lui.

Les fioritures

Les fioritures sont des manipulations que le magicien effectue afin de produire un effet visible et souvent impressionnant comme, par exemple, faire rouler une pièce sur le dos des doigts. Les fioritures peuvent servir et desservir le magicien. Il faut savoir les utiliser avec parcimonie pour attirer l’attention du public à un endroit à un certain moment. Mais faire trop de fioritures peut révéler la dextérité hors norme du magicien et gâcher l’effet  du tour de magie en lui-même.

Les manipulations

Les manipulations sont les gestes ou les processus invisibles du public qui permettent de réaliser un effet. Les manipulations doivent être bien travaillées par le magicien afin qu’elles ne soient pas détectées. Elles doivent également être utilisées avec parcimonie. Faire une manipulation pour le plaisir et non pour générer un effet est un risque inutile d’induire une erreur et une chance supplémentaire pour le public de détecter quelque chose de caché. Les manipulations servent donc à présenter un effet visible mais la technique utilisée doit, elle, rester invisible. Une manipulation est par exemple, une passe de la main cachée afin d’aller chercher une carte dans sa manche. Un processus est, par exemple, un objet truqué.

Quelques fioritures, une manipulation bien maîtrisée et un bon boniment, voilà de bons ingrédients pour un tour de magie réussi !

Lançons-nous maintenant dans l’observation à la loupe de tours de magie afin d’y détecter les principes scientifiques qui s’y cachent.


#1 Maîtriser la lumière

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GRÂCE À L’OPTIQUE, LES MAGICIENS PEUVENT ARRIVER À RÉALISER DES EFFETS BLUFFANTS. EN PRATIQUE, POUR Y PARVENIR, ILS UTILISENT TOUT UN ATTIRAIL QUI LEUR PERMET DE MODIFIER ET DE JOUER AVEC LA LUMIÈRE.

DES MIROIRS, DE LA LUMIÈRE NOIRE QUI CACHE LES COULEURS SOMBRES ET FAIT RESSORTIR LES COULEURS CLAIRES ET DES JEUX DE LUMIÈRE ASTUCIEUX SONT AUTANT D’ACCESSOIRES QU’ILS PEUVENT UTILISER.

Couper une femme en deux

Un magicien monte sur scène avec une jolie et jeune demoiselle. Il l’enferme dans une boîte d’où seuls sa tête et ses pieds dépassent par des trous. Ensuite, il scie la boîte en deux. Simultanément, la demoiselle feint un regard étonné et douloureux. Son office terminé, le magicien sépare les deux parties de la boîte. Le spectateur médusé pourra constater que la fille est également coupée en deux mais que sa tête et ses pieds se dandinent toujours ! Pour terminer, le magicien replacera les morceaux de la boîte et la demoiselle en sortira totalement indemne avec un regard de soulagement digne d’une actrice hollywoodienne.

La grande illusion qui consiste à couper une jeune et jolie demoiselle en morceaux est certainement un des tours les plus connus qui soit et qui nous laisse toujours sans voix. Ce tour peut être réalisé de multiples façons mais il se base avant tout sur l’application de principes issus de l’optique.

Explication

Magician performance with beauty girls in a magic box

L’une des techniques utilisée pour ce tour repose sur l’utilisation du fond noir, également appelé «Théâtre de Prague».

En sciences, nous savons bien qu’une surface qui absorbe toutes les longueurs d’onde de la lumière visible nous apparaît noire. Le fait de choisir un fond noir permet de cacher à la vue des spectateurs certains détails. Si une personne est habillée de noir et qu’elle se déplace sur un fond noir, il sera difficile de la détecter. En jouant avec la luminosité ambiante, l’orientation de la lumière et le positionnement de l’observateur, il y a moyen que cette personne soit alors totalement « invisible » à l’observateur.

La personne qui doit se faire « couper » s’enroule jusqu’à la moitié de sa taille avec un grand drap noir comparable à une chaussette géante. Cela permet de créer l’illusion de n’avoir qu’un demi corps, ici, en l’occurrence, le dessus du corps. Une autre personne, dissimulée dans la boite fait de même mais cache le dessus de son corps, seules ses jambes restent visibles. Cette deuxième personne peut aussi bien être simplement cachée entièrement dans la boîte.

Ainsi, le spectateur a l’impression de voir une personne entière et est bluffé lorsque celle-ci est coupée en deux et son corps séparé alors qu’il bouge encore !

Faire disparaître ou apparaître un corps

Un magicien arrive seul sur scène. Il n’est accompagné que d’un grand drap noir. Après avoir montré que son drap était totalement vide, d’un geste ample, il le déplie entièrement à la manière d’un toréro. À peine a-t-il placé le drap qu’il le retire brusquement et, paf, derrière, apparaît à nouveau une jeune et jolie demoiselle (les magiciens sont toujours accompagnés de jolies et jeunes demoiselles ! J’expliquerai pourquoi plus loin).

Certains effets visuels de disparition et d’apparition sur scène reposent sur l’utilisation d’un type particulier de miroir : les miroirs sans tain. Imaginons une scène coupée en deux dans le sens de la longueur par une cloison avec, en son milieu, sur toute sa hauteur, un miroir sans tain. Devant ce miroir, du côté du public, le magicien effectue son tour. Derrière le miroir sans tain, se trouve l’assistante du magicien. Selon la luminosité de la scène et le positionnement des lumières et du miroir sans tain, l’assistante sera vue ou non par le public, créant de ce fait un effet de disparition ou d’apparition devant les yeux ébahis du public !

ExplicationImpression

Le miroir sans tain est un miroir semi-réfléchissant. C’est-à-dire qu’il ne renvoie qu’une partie de la lumière qu’il reçoit et laisse passer l’autre partie.

Prenons l’exemple de deux pièces séparées par un miroir sans tain : une est éclairée, l’autre est sombre. Quand un spectateur se trouvant dans la pièce éclairée regarde le miroir, il reçoit une grande quantité de lumière qui est la lumière de sa pièce réfléchie par le miroir. De plus, il reçoit également une partie de la lumière de la pièce sombre, mais beaucoup moins. Donc, le spectateur reçoit une grande quantité de lumière venant de sa pièce et très peu venant de l’autre pièce. Tellement peu, qu’il ne distinguera rien de ce qui se trouve dans la pièce sombre. Par contre, le spectateur se trouvant dans la pièce sombre recevra une quantité plus importante de lumière via le miroir de la pièce éclairée que de la pièce dans laquelle il se trouve. Il pourra donc nettement distinguer ce qui se trouve dans la pièce éclairée.

De manière plus technique, nous abordons ici la réfraction de la lumière et l’indice de réfraction d’un milieu ou d’un matériau. Cet indice de réfraction est donc un nombre qui caractérise le pouvoir qu’a ce matériau de ralentir et de dévier la lumière. Cet indice est en fait le rapport entre la vitesse de la lumière dans le vide et la vitesse de la lumière dans ce milieu. Plus l’indice de réfraction est élevé, plus la lumière est ralentie et déviée.

Cacher un objet dans une boîte vide ?

Un magicien monte sur scène en poussant une grosse boîte en bois montée sur des roulettes. La particularité de cette boîte est qu’un de ses côtés (celui face au public) est en verre. Cela permet donc de voir l’intérieur de la boîte… totalement vide. Grâce à une petite échelle, notre magicien monte sur le sommet de la boîte muni d’une grosse pièce de monnaie totalement démesurée. Sur le dessus de la boîte, le public aperçoit une fente qui pourrait permettre à cette grosse pièce de rentrer dans la boîte en bois. Le magicien s’empresse donc, après avoir bien frotté sa pièce, de la glisser par la fente afin de la faire tomber dans sa boîte. Mais hooo magie, cette pièce qui vient de disparaître par la fente, ne réapparait pas dans la boîte, elle a … disparu !

Explicationboite

Nous savons tous qu’un miroir nous renvoie notre reflet. Ainsi, si tu places un objet symétrique devant un miroir et que tu ne regardes que son reflet, il te sera impossible de savoir si tu observes l’objet en lui-même ou son reflet car ce dernier est totalement symétrique. Dès lors, si, dans une boîte cubique, on place un miroir qui va suivre une diagonale et couper ce cube en deux, toutes les parties visibles vont se refléter dans le miroir. Si ces parties visibles sont bien symétriques, cela nous donnera l’impression de voir l’entièreté de la boîte (et pas seulement la moitié qui est reflétée dans un miroir). Ce truc permet donc de cacher à la vue de tous la moitié du cube qui se trouve derrière le miroir. C’est dans cette moitié que l’objet glissera à l’abri des regards. Ce petit truc est souvent utilisé et décliné en tirelire magique !


LES TEMPS D’ARRÊT : Après un effet, un magicien aura tendance à prendre un temps où il laissera retomber le suspens. Ce temps de pause permet au spectateur de relâcher son attention et il sera à nouveau pleinement canalisé pour l’effet suivant.

LES TEMPS FORTS : Savoir quand l’attention des spectateurs est à son comble est une chose primordiale pour un magicien. Inversement, il lui est aussi utile de connaître les temps faibles où l’attention est nettement moins soutenue. C’est dans ces moments-là que le magicien devra réaliser ses manipulations. Notre cerveau n’est pas fait pour être en attention permanente. Il a besoin lui aussi de souffler. Ne dit-on pas souvent que prendre une pause peut être bénéfique pour la suite du travail ? C’est exactement la même chose en prestidigitation.


#2 Maîtriser la matière

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LA PRESTIDIGITATION EST AVANT TOUTE CHOSE UNE AFFAIRE VISUELLE.

LE MAGICIEN UTILISE DES EFFETS POUR DEUX RAISONS PRINCIPALES : LA PREMIÈRE EST D’AUGMENTER LES EFFETS DU TOUR DE MAGIE ET LA SECONDE EST D’UTILISER CES TECHNIQUES D’EFFETS COMME DÉTOURNEMENT D’ATTENTION ! POUR Y PARVENIR, DE NOMBREUX MAGICIENS SE TRANSFORMENT EN CHIMISTE ET SE TIENNENT AU COURANT DES DERNIÈRES AVANCÉES SCIENTIFIQUES DANS LES DOMAINES DE LA TRANSFORMATION ET DE LA MANIPULATION DES MATÉRIAUX. LES EFFETS PRÉSENTÉS CI-DESSOUS PEUVENT ÊTRE UTILISÉS DANS PLUSIEURS TOURS DE MAGIE. ILS NE SONT PAS LIÉS SPÉCIFIQUEMENT À UN SEUL ET UNIQUE TOUR. LE TOUR DE MAGIE DÉCRIT EST ICI UTILISÉ COMME EXEMPLE POUR PRÉSENTER UN EFFET.

Changer l’eau en vin

Notre bon petit magicien arrive sur scène déguisé en pompier. Il traîne derrière lui une longue lance d’incendie. Il l’utilise pour remplir un seau et prouver qu’il s’agit bien d’eau. Sur scène, ont été placés plusieurs grands tubes transparents totalement vides. En passant devant chaque tube, le magicien va y glisser sa lance afin de les remplir d’eau. Pourtant, alors qu’il utilise la même lance, le liquide prend une couleur différente dans chaque tube. Certains donnent même l’impression d’être lumineux !

Pourquoi l’eau change-t-elle de couleur ?

Tout est une question de concentration et de dosage. Ce qui intéresse le magicien, c’est que le public ne remarque pas les différents produits mis dans les tubes. Ce sont eux qui font que l’eau se colore. Ces produits doivent être présents en très petites quantités afin que le public ne les remarque pas. Il faut donc que les réactifs placés dans les tubes soient fortement concentrés afin de produire l’effet escompté. Quelques grains de colorant concentré sont quasi invisibles et colorent instantanément l’eau du tube.

Faire disparaître un liquide

Notre ami le magicien arrive sur scène en lisant le journal. Tout à son affaire, il le feuillette afin de montrer aux spectateurs qu’il s’agit là d’un journal on ne peut plus banal. Après cela, il le replie et se dirige vers une table où se trouve une carafe d’eau. Il s’empare de la carafe et verse l’eau sur le journal. Pourtant, aucune goutte ne tombe du journal et même, plus fort, le magicien feuillette à nouveau le journal et aucune page n’est mouillée..

Qu’est devenue l’eau ?iStock_000012367753Medium

Évidemment, l’eau ne disparaît pas vrai¬ment. Elle est instantanément transformée en gelée. Cette gelée est récupérée par le magicien de manière discrète. Du coup, il n’y a pas d’eau qui coule et pas de pages mouillées. Le produit en question est du polyacrylate de sodium. Le polyacrylate est un polymère superabsorbant. Un polymère est un assemblage de macromolécules. Moins d’une demi-cuillère à café de polyacrylate de sodium permet de gélifier un verre d’eau entier. Dans ton jeune temps, tu as déjà pu expérimenter le polyacrylate de sodium : c’est ce produit que l’on retrouve dans les couches culottes absorbantes pour bébé !

Faire apparaître un objet de manière spectaculaire ?

Un tonnerre d’applaudissements résonne dans la salle. Le présentateur vient d’annoncer le nom du prestidigitateur qui va arriver sur scène. Deux secondes après, voilà notre magicien qui monte sur scène bras tendus vers le public. À peine est-il arrivé qu’une énorme flamme lui sort d’une main. La flamme à peine disparue, notre magicien se retrouve avec une colombe gentiment posée sur le dos de la main. 

Les effets pyrotechniquesFarlaBoStaff

Le feu a toujours fasciné l’homme. Quoi de plus naturel donc que les magiciens l’utilisent dans leurs spectacles !

Comme tout effet, il doit bien sûr être utilisé à bon escient sans perdre de vue les deux intérêts inhérents aux effets visuels en magie. Ils doivent amplifier l’effet d’un tour et/ou servir de détournement d’attention.

L’effet pyrotechnique peut aussi être utilisé pour faciliter l’apparition d’un objet volumineux. Le moment critique dans une apparition est l’instant où le magicien va prendre cet objet là où il l’a caché. Plus l’objet est volumineux, plus ce moment sera difficile à gérer : la flamme sera un écran derrière lequel le magicien va pouvoir discrètement sortir de sa cachette l’objet à faire apparaître.

Comment faire une flamme en deux secondes sur une scène ?

Pour créer une flamme, nous avons besoin d’un comburant, d’un combustible et d’énergie. Il s’agit là du triangle du feu. Si un de ces éléments est manquant, le feu s’éteindra ou ne démarrera pas. De plus, pour le magicien, il faut que la combustion ne laisse aucun résidu. Imagine une trainée noirâtre qui reste sur la belle blouse blanche du magicien. Ce serait moins spectaculaire !

Les magiciens utilisent, entre autre, une substance ressemblant à de l’ouate appe¬lée coton flash. Ce coton est composé de nitrocellulose. La nitrocellulose est obte¬nue par nitration de la cellulose, c’est-à-dire que l’on plonge la cellulose dans un bain d’acide nitrique. La nitrocellulose aura donc le rôle de combustible, c’est elle qui va brûler. L’ajout de nitrate va accentuer la combustion, celle-ci sera plus rapide, plus explosive et libérera plus d’énergie. L’air ambiant jouera, comme d’habitude, le rôle de comburant car le comburant est la source d’oxygène amenée pour activer la combus¬tion. Il ne nous manque plus que l’énergie. C’est elle qui va déclencher la réaction de combustion. Elle peut être sous forme de chaleur, de frottement, d’étincelle ou de flamme. Pour ce faire, les magiciens ont différentes techniques et manipulations, mais je ne les dévoilerai pas ici  (on ne va pas tout dévoiler non plus ).

Déplacer des objets sans les toucher

Notre magicien explique à son public qu’il peut déplacer les objets par l’unique force de sa pensée. Pour ce faire, il s’installe à une petite table sur laquelle il dépose trois cubes en bois. En faisant des passes magiques et sans toucher les cubes, ceux-ci vont alors se déplacer sur la table. Après quelques temps, un de ces cubes va même s’élever et flotter au-dessus de la table.

Plusieurs techniques existent pour arriver à déplacer les objets sans donner l’impression d’agir physiquement dessus. Les magiciens peuvent pour cela compter sur le magnétisme. Ils utilisent de puissants aimants pour donner l’impression que des objets se déplacent tout seul. Dans le tour de magie ci-dessus, des aimants sont placés sous la table et le magicien les déplace avec ses jambes. Chaque aimant correspond à un cube.

Le lecteur attentif me dira que ces cubes sont en bois et ne peuvent donc pas réagir aux aimants. Et le lecteur attentif a toujours raison ! Mais en utilisant du maquillage, les objets peuvent ne plus ressembler à ce qu’ils sont réellement. Ainsi, les magiciens peuvent nous flouer en nous montrant un morceau de bois lourd alors qu’il s’agit peut-être de plastique léger voire, dans notre cas, de métal ferreux qui peut réagir aux aimants.

Et la lévitation dans tout cela ?

Là, le procédé relève d’une manipulation ou d’un objet truqué. Les prestidigitateurs utilisent énormément d’objets qui restent totalement invisibles aux spectateurs. Ces objets truqués sont appelés gimmicks en magie. Dans le cas de la lévitation, une des manières est d’utiliser des fils si fins qu’ils sont presque indétectables. Mais, naturellement, le spectateur va penser que le cube est levé par un fil qui se trouve sur le dessus du cube. Heureusement pour les magiciens, il existe d’autres gimmicks et/ou manipulations qui permettent de réaliser une lévitation de manière moins conventionnelle. Une de ces façons est d’utiliser des fils orientés horizontalement. Dans ces cas-là, en utilisant, par exemple, un geste de la main passant au-dessus du cube, le magicien peut prouver qu’il n’y a pas de fil. Il coupe ainsi court aux idées du spectateur et laisse agir l’illusion et la magie !


L’HUMOUR : L’humour, bien utilisé, permet d’instaurer un climat de connivence, voire de confiance avec les spectateurs. Il évite que le spectateur ressente un sentiment d’infériorité ou de frustration. De plus, une personne qui rigole est moins attentive. Que du bonus pour le magicien ! Utiliser l’humour de manière appropriée permet donc de rendre plus agréable la présentation d’un tour, mais aussi d’en amplifier l’impact.


#3 Maîtriser la psychologie

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CERTAINS PRESTIDIGITATEURS SONT PASSÉS MAÎTRES DANS L’ART DE NOUS TROMPER OU PLUS PRéÉCISEMENT DE TROMPER NOTRE CERVEAU. QUE CE SOIT EN NOUS PERSUADANT, EN EXPLOITANT LES FAILLES INNÉES DE NOTRE BIOLOGIE OU ENCORE EN JOUANT AVEC NOS SENS ET NOS PRÉCONCEPTIONS, LES MAGICIENS ARRIVENT À NOUS FAIRE CROIRE PARFOIS… N’IMPORTE QUOI !

Les deux techniques décrites ci-dessous font partie des techniques dites de détournement d’attention. Le but est de cacher certaines manipulations aux spectateurs. La meilleure façon d’y parvenir est évidemment que leur attention soit attirée ailleurs, là où le magicien décide qu’elle soit. Ces techniques sont nombreuses et très utilisées dans le milieu de la prestidigitation.

Contrôler le regard ?

Notre magicien descend de la scène et va se poster devant une table pour y faire son tour de magie. Il s’agit d’une série de manipulations mettant en jeu des boules en mousse. Il va les faire apparaître, disparaître, se multiplier, grossir ou sortir d’un endroit incongru. A plusieurs reprises, il montrera l’une de ses mains tendue devant lui, écartant doucement les doigts afin de prouver à l’assistance qu’il n’y cache rien. Et pourtant, une minute après, une nouvelle boule poussera littéralement dans sa main !

Quand quelqu’un dont tu ne te méfies pas te montre quelque chose en t’interpelant, que fais-tu cher lecteur ? Eh bien, tu regardes ! Et c’est évidemment tout naturel. Il s’agit là de curiosité et d’empathie. Si une personne nous propose de regarder quelque chose, notre première réaction sera de vérifier du regard ce qu’elle nous montre, que ce soit par précaution (la curiosité et le regard, dans ce cas-ci, nous servent de précaution) ou par empathie (si une personne te montre quelque chose en souriant, tu auras aussi envie de sourire avec lui pour la même raison). C’est ce que fait le magicien en nous montrant sa main bien tendue vers nous. Il nous invite à regarder ce que lui regarde. Bien sûr, il y met les formes, il utilise son plus beau sourire, il place sa main de façon bien visible juste en face de nous, et la regarde avec insistance. De cette manière, il s’assure que toute la tablée regardera là où il le veut. Ainsi, il a tout le loisir d’aller chercher avec son autre main une boule dissimulée sans que personne ne le remarque !

93% de notre communication passe par le langage du corps. Dans ces 93%, le regard se taille une bonne part du marché ! C’est pour cela que les magiciens s’entraînent régulièrement devant un miroir : ils ne peuvent à aucun moment regarder leur main qui effectue la manipulation au risque que le spectateur suive son regard et remarque le manège. En travaillant devant un miroir, il peut également observer ce que le spectateur verrait et ainsi travailler ses manipulations pour qu’elles soient le plus naturelles et invisibles possible.

Influencer les mouvements du public ?

Notre ami le magicien retourne sur scène. Il attire maintenant l’attention du public sur une boîte placée dans un coin de la scène. Il gonfle un beau ballon de baudruche qu’il va faire signer par un spectateur. D’une manipulation, il fait disparaître le ballon de baudruche en mimant que celui-ci s’envole. Il montre le ballon imaginaire qui passe derrière le public pour finir sa course dans la boîte. Le public suit attentivement du regard et tourne la tête vers le ballon imaginaire. Quand notre magicien ouvre la boîte, on y retrouve le ballon dégonflé avec la signature du spectateur.

Nous sommes contrôlés par nos émotions. Même si nous pouvons a posteriori raisonner ou revoir notre point de vue, notre première pensée face à une situation nouvelle est toujours connotée émotionnellement. Et ça, c’est du pain béni pour les magiciens. Tu peux en faire l’expérience toi-même : à table, en famille, fais semblant de lancer quelque chose en l’air en le suivant du regard. Tu remarqueras que tout le monde lèvera également la tête.

Avec un magicien, l’effet est naturellement renforcé. Nous sommes d’autant plus attentifs que nous savons qu’il va essayer de nous flouer et même si on sait qu’il n’y a rien à regarder, nous jetterons quand même un œil au cas où ! A ce niveau de persuasion psychologique, l’illusion naît tout naturellement.

Décider ce que l’autre doit penser

Notre magicien, de retour face à une table, commence un tour de magie avec une pièce de monnaie. Il s’amuse à la cacher, à la faire apparaître à différents endroits et, pour finir, il la fait passer d’un gobelet à un autre sans pour autant que le spectateur ne voit la pièce se balader. Le spectateur attentif se dit dès lors rapidement qu’il y a deux pièces identiques et pense avoir trouvé le truc. Cependant, à la fin du tour, le magicien retourne tous les gobelets, écarte ses mains et montre à l’assemblée qu’il n’y a jamais eu qu’une seule pièce.

Certaines techniques se basent sur nos processus cognitifs. C’est-à-dire les opérations mentales que nous effectuons. Que ce soit face à des situations nouvelles, à des décisions à prendre, à la résolution de problèmes ou à des habitudes, les processus cognitifs nous permettent de traiter les informations que nous percevons, que nous connaissons déjà, de les stocker et de les utiliser.

Certains de ces processus, lorsqu’ils sont routiniers, se font de manière inconsciente. Le spectateur va associer paresseusement certains effets à certaines causes. On appelle également cela les chemins de la pensée. Certains magiciens pensent qu’il est important d’anticiper les réflexions et les déductions du spectateur et qu’il faut donner à son cerveau de la matière à réfléchir afin que son esprit ne soit pas trop obsédé par une chose qu’il ne devrait pas observer. Par exemple, il faut lui donner une voie de réponse (Trop facile, j’ai compris, il y a deux pièces !) pour ensuite démontrer que ce n’est pas la bonne solution (montrer qu’il n’y a jamais eu qu’une seule pièce). De cette façon, après avoir subi quelques fois ce stratagème, le spectateur se résigne inconsciemment à ne plus chercher de solution et à se laisser emporter par la magie.

Comment savoir ce qu’une personne a dans la tête ?

Le magicien se place un bandeau sur les yeux, il se retourne vers le public en proie à un effort surhumain de concentration. Après quelques minutes, il ouvre les yeux et va noter sur un morceau de papier quelques mots. Ces mots sont invisibles pour le public, mais le morceau de papier est, lui, placé de façon bien visible. Le magicien va ensuite donner quelques instructions à un spectateur choisi au hasard pour que celui-ci pense très fort à quelques mots. Quelle ne sera pas la surprise du public quand le magicien prendra son papier et révèlera que les mots qu’il a inscrit dessus sont les mêmes que ceux pensés par le spectateur !

Ce genre de tour relève d’une branche particulière de la prestidigitation appelée mentalisme.Mind-reading-Russell-Morgan

Elle consiste à faire croire aux spectateurs que le magicien est doué de capacités mentales paranormales. Divination, psychokinésie, télépathie en sont des exemples. Cela donne l’impression que le magicien peut manipuler et influencer l’esprit des gens.

Une des techniques utilisées dans le mentalisme est de faire croire aux spectateurs qu’ils opèrent un choix délibéré. Par exemple, tu vas trouver une personne avec deux livres, le livre A et le livre B. Ton but est qu’elle choisisse le livre B, mais sans lui imposer. A la place de lui demander lequel des deux livres elle choisirait, demande-lui ceci : «Montre-moi un des livres». Tu peux même lui demander si elle est sûre de son choix et lui dire qu’il lui est encore possible de changer d’avis.  Quand la personne a bien posé son choix, c’est à toi d’agir. Si elle a montré le livre A, tu lui donnes le B prétextant qu’elle choisissait pour toi, et si elle montre le B, tu lui donnes le B. Dans les deux cas, la personne aura eu l’impression de choisir alors qu’il n’en était rien. Ces techniques reposent essentiellement sur la manière exacte dont est posée la question et dans quel contexte.

Les mentalistes peuvent également avoir recourt à ce qu’on appelle la PNL, la programmation neuro linguistique. La PNL se penche sur la compréhension de nos comportements. Elle les décortique et essaye de comprendre leur fonctionnement pour améliorer, entre autres, notre communication.

Les mathématiques viennent également au secours des mentalistes. En connaissant certaines statistiques et moyennes, on peut faire croire à des personnes qu’elles ont choisi de manière libre. Par exemple, pourrais-tu penser à un nom de pays qui commence par la lettre D ainsi qu’un nom de fruit commençant par la lettre K et qui pousserait naturellement dans ce pays ?

… Il n’y a pas beaucoup de kiwi qui pousse au Danemark !

Même s’il existe d’autres possibilités, elles sont parfois infimes, et donc, certainement moins connues. Notre cerveau ayant souvent des tendances à la paresse, nous choisirons la première réponse qui nous vient à l’esprit !


17DOS_assistantesLA PARTENAIRE : Avoir une jolie partenaire à ses côtés est un atout pour certains magiciens. Bien sûr, cela dépend du type de tour de magie. Dans les grandes illusions, par exemple, la partenaire, bien souvent découpée, aplatie ou transpercée, permet aussi de servir de détournement d’attention. Mais aujourd’hui, de plus en plus, la magie ne s’arrête plus à une mise en scène spectaculaire ou à de l’innovation technologique. C’est également l’originalité, la poésie et l’univers créés par le magicien qui font un spectacle de qualité. La magie est mélangée à d’autres arts du spectacle comme la danse ou le théâtre, et là, la partenaire se voit confier un rôle aussi important que le magicien.