Dossier : La dictature de la beauté

iStock_000018042648XXXLargeLa beauté, en voilà un drôle de sujet pour une revue scientifique … Quelle idée bizarre … Il y a pourtant plein d’autres thèmes bien plus sérieux à aborder !
Quelles sont les raisons pour te parler de canons de beauté, d’effets de mode et de mannequins retouchés sous Photo­shop ?

À vrai dire, des raisons, on en a plein, à commencer par celles ci-après.

  • À l’école, un enfant mignon sera moins sévèrement puni qu’un enfant disgrâcieux. (1)
  • 20 à 40% des points obtenus à un examen sont dépendants du physique de l’élève.(2)
  • À l’unif, quand les examens d’entrée sont oraux, les candidats séduisants sont privilégiés.(3)
  • Les couples les plus stables sont ceux où le « capital de séduction » de chacun des deux partenaires est équivalent.(4)
  • Les femmes déclarent préférer un homme gentil, attentionné.  Si on leur fait croire qu’elles sont reliées à un détecteur de mensonges, elles admettent plus facilement l’attention portée aux critères physiques.(5)
  • Les avocats les plus séduisants s’installent davantage à leur compte que leurs confrères au physique plus ingrat, lesquels restent salariés et gagnent moins bien leur vie.(6)
  • La Comitment list permet à des joueuses de tennis particulièrement télégéniques d’accéder à des tournois que leur classement WTA leur rendrait inaccessible.(7)
  • Pour 2 recruteurs sur 3, un physique disgrâcieux est une cause de rejet d’une candidature à un poste commercial.(9)
  • À compétences égales, les « beaux » sont payés 5% de plus que la moyenne. Quant aux « laids », leur salaire peut être jusqu’à 15% inférieur à la moyenne. (10)

1-  J. Maisonneuve et M. Bruchon-Scweitzer, Le corps et la beauté, PUF, Paris, 1999
2-  K.K. Dion, «Physical attractiveness and evaluation of children’s transgressions», Journal of Personnality and Social Psychology, 24, 2, 1972, p. 207-213
3-  C. Shahani et alii, «Attractiveness bias in interview», Basic and Applied Social Psychology, 14, 1993, p. 317-328
4-  Le Figaro Madame, avril 1999, sondage téléphonique sur un échantillon de 525 femmes.
5-  T. Hadjistavropoulos et M. Genest, The underestimation of the role of physical attractiveness in dating preferences : ignorance or taboo ?, Univeristy of British Columbia, 1994
6-  N. Cavior et P. Boblett, «Physical attractiveness of dating versus married couples», Proceeding of the 80th annual convention of the American
7-  D. Hamermesh et J. E. Biddle, «Beauty, productivity and discrimination : Lawyers’looks and lucre», Journal of Labor Economics, 16, 1, 1998, p.172-201
8-  J.-F. Amadieu, Le poids des apparences, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 102
9-  Ibidem, p. 111
10- D. Hamermesh et J. E. Biddle, «Beauty and the labor market», American Economican Review, 84, 5, 1994, p. 1174-1194


Les goûts et les couleurs :
RIEN DE PLUS SUBJECTIF QUE LA BEAUTÉ !

 

lespugueCro-Magnon kiffe les gros seins

Difficile de dire si cette représentation féminine est un idéal de beauté. Toujours est-il qu’elle est un témoignage de ce qui préoccupe les populations de la fin du paléolithique : que les femmes soient en mesure d’avoir des enfants, de les porter, de les allaiter. Aussi, ces « vénus » paléolithiques (on en a retrouvé près de 250) sont-elles représentées avec des attributs sexuels surdimensionnés : d’énormes seins, de grosses fesses, des ventres fort gras, des pubis bien en chair.
(La vénus de Lespugne – France, environ 25000 ans av. JC)

Akhénaton, fan de rugby ?

Durant les 3 millénaires que dure la civilisation égyptienne, les canons de beauté féminins sont relativement stables : les femmes sont représentées éternellement jeunes, minces, élancées. À la période amarnienne (le règne d’Akhénaton), la mode est aux déformations crâniennes : on entoure le crâne des enfants de bandelettes pour le déformer, le bulbe est allongé vers l’arrière, rebondi sur les côtés, le front est parfois raccourci.
(Princesse amarnienne – Égypte, Nouvel Empire, vers 1360 av. JC)

Venus_de_Milo_Louvre_Ma399_n3La femme idéale n’a pas de bras 😉

En Grèce, l’idéal de beauté est un homme, athlétique et jeune, à la limite de l’adolescence et de l’âge adulte. La beauté féminine suit donc les mêmes principes : les représentations féminines montrent des jeunes filles aux seins menus, aux épaules larges, au ventre plat et musclé. Les cuisses et les fesses, fermes, sont rarement montrées autrement que drapées, seule la nudité masculine est socialement acceptée.
(La Vénus de Milo – Grèce, époque hellénistique, vers 130 av. JC)

Petrus_Christus_-_Portrait_of_a_Young_Woman_-_Google_Art_ProjectChevalier Ardent les aime très jeunes …

À la fin du Moyen-Âge, on apprécie des beautés particulièrement nubiles : des adolescentes à peine sorties de l’enfance. Les fronts sont dégagés très haut, les sourcils sont épilés, le teint est particulièrement clair : c’est le privilège de la noblesse de pouvoir se protéger du soleil, contrairement aux paysannes qui passent leurs journées aux champs.
(Portrait de jeune fille – Petrus Christus, Flandres, vers 1460)

Rubens_-_Perseo_y_AndromedaL’âge d’or de la cellulite

A l’époque baroque, on aime les femmes aux formes plus que généreuses. Les poitrines sont lourdes, les ventres replets, les cuisses dodues. La « peau d’orange » que l’on trouve aujourd’hui tellement disgracieuse est alors synonyme de sensualité.
(Le jugement de Pâris – Pierre-Paul Rubens, vers 1639)

Jean_Auguste_Dominique_Ingres_011Le style « bobonne »

Le Second Empire, empreint de puritanisme, aime les femmes vertueuses : la féminité ne peut s’accomplir que dans la maternité et la corpulence en est le reflet. Les belles femmes de ce 19e s. sont massives. Les codes vestimentaires en rajoutent avec des corsets qui poussent les seins en avant et des « faux-culs ».
(Madame Moitessier – Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1851)

LB-3-louise-brooks-15836665-1177-1589Les années 20 : la mode garçonne

En 14-18, les hommes sont à la guerre. Les femmes s’émancipent un peu : elles fument, elles sortent dans les bars et les clubs où certaines se travestissent en homme. C’est la mode «garçonne», parfaitement incarnée par l’actrice Louise Brooks: cheveux courts, robes droites, peu de seins, peu de fesses, des silhouettes élancées.

Marilyn-Monroe-802Les années 50 et 60 : Hollywood impose ses normes

Après les privations des années de guerre, la mode n’est plus à la minceur. Hollywood impose le modèle de la pin-up, incarné par Marylin Monroe. Pulpeuse, sensuelle, volcanique, enfantine. À noter que Marylin Monroe, dont l’image continue pourtant à incarner la parfaite beauté féminine, portait du 42 (l’équivalent d’un bon 44 de nos jours) !

iStock_000017858523MediumEn Afrique, les rondes ont la cote !

Alors qu’en Occident, de nos jours, on privilégie des silhouettes particulièrement élancées, en Afrique et dans le monde arabe, on aime les femmes aux formes généreuses : de gros seins, des fesses bien rebondies, des lèvres pulpeuses …
Cette préférence peut aller jusqu’à un véritable gavage pour rendre une jeune fille plus facile à marier, comme en Mauritanie par exemple …
[www.courrierinternational.com/chronique/2005/01/06/le-monde-arabe-prefere-les-grosses]

Kayan_women_Burma_1Chez les Padaung de Birmanie, on allonge le cou

Dès l’âge de 5 ans, les petites filles reçoivent leur premier collier-spirale, remplacé régulièrement par un collier plus long. Ce collier déforme les épaules et les premières côtes en les poussant vers le bas et n’affecte que peu les vertèbres cervicales. On ne connaît pas exactement la raison de cette tradition : empêcher les morsures de tigre, rendre les femmes moins attrayantes pour les tribus voisines ? Toujours est-il que les Padaung sont particulièrement soucieux de leur apparence.

CranedeformemethodeK'inich_Janaab_Pakal_IChez les Mayas, on aimait les fronts hauts et plats

Des planchettes de bois, fixées par des lanières, déformaient les crânes des nourrissons pour les embellir. On lime également les dents en pointe, on les perce parfois pour y incruster des fragments de jade.

(Portrait du roi K’inich Janaab Pakal Ier, Palenque, Mexique, 7e s. ap. JC)

1997_274-29_GerewolUn concours de beauté pour hommes

Chez les Wodaabe du Niger, une fois par an, lors de la fête de la pluie, les hommes se parent de bijoux, de plumes, se fardent, se maquillent et dansent. Ils écarquillent les yeux et montrent la blancheur de leurs dents pour convaincre le jury de femmes de leur beauté.

Susan,_Rotorua,_New_Zealand,_ca._1905Vahiné Ta-Moko

Chez les Maoris, au passage de l’adolescence à l’âge adulte, les filles paraient leur menton et leurs lèvres d’un tatouage (ta-moko). Longtemps interdite par les autorités néo-zéélandaises, la pratique du ta-moko, symbole de l’identité maori, revit à nouveau.

Scarification2En Afrique, en Nouvelle-Guinée, les cicatrices rendent beaux

Souvent liées à des rites d’initiation, dont elles sont l’épreuve et le témoignage, les scarifications servent également à marquer son appartenance ethnique.

MentawaiLes Mentawaïs d’Indonésie

On les appelle « hommes-fleurs ». Ils passent beaucoup de temps à s’orner les cheveux de fleurs d’hibiscus, à se décorer le corps de tatouages ou à s’affûter les dents en pointe.
Quand un individu se fait tatouer, tout le clan est là pour donner son avis sur le dessin mais aussi pour le soutenir dans l’épreuve.

 


Des études, des statistiques, des constantes :
LA BEAUTÉ EST-ELLE OBJECTIVABLE ?

iStock_000007847118MediumLes nouveaux-nés préfèrent les beaux visages

On croyait la beauté dépendante des modes, des cultures. On se rassurait en se disant que c’était un peu frivole, qu’on pouvait éduquer nos enfants à des valeurs bien plus fondamentales …

En septembre 2004, l’étude menée par le Professeur Alan Slater de l’Université d’Exeter (Grande-Bretagne) jette un fameux pavé dans la mare : les nouveaux-nés seraient naturellement sensibles à la beauté humaine. Ils naîtraient avec une capacité innée de discrimination du beau et du laid. Ce ne seraient donc pas uniquement la culture, la société et la mode qui induisent ce qui est beau ou ne l’est pas.

Le protocole expérimental a été le suivant : des photos de visages féminins sont évalués beaux ou laids (sur une échelle de 1 à 5) par des adultes. Ils sont ensuite présentés, par paire (un « beau » et un « laid »), à des nouveaux-nés âgés de 1 à 7 jours. Un chercheur, invisible par le bébé, note le temps que le regard du bébé passe sur l’un ou l’autre portrait. L’étude a montré que les nouveaux-nés préfèraient regarder les beaux visages.

(www.newscientist.com/article/dn6355-babies-prefer-to-gaze-upon-beautiful-faces.html – consulté le 03/01/2012)

IMC

L’IMC (indice de masse corporelle) est le rapport entre la taille et le poids. Il se calcule en divisant le poids (en kg) par le carré de la taille (en mètre). L’IMC est surtout un indicateur de santé. Néanmoins, il permet de chiffrer les préférences esthétiques. Ainsi, une étude menée en France (1) montre que les hommes préfèrent des silhouettes de femme qui ont un IMC autour de 20,4. Les femmes, quant à elles, se jugent plus sévèrement : elles préfèrent des silhouettes féminines dont l’IMC est de 19,3.

Rappelons que l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) considère qu’une corpulence normale se situe entre 18,5 et 25 … Nos jugements esthétiques nous amènent donc à la limite de la maigreur.

1 A. Mouchés, « La représentation subjective de la silhouette féminine », Les Cahiers internationaux de psychologie sociale, 4/24, 1994, p. 76-87

moins de 16,5

Dénutrition

16,5 à 18,5

Maigreur

18,5 à 25

Corpulence normale

25 à 30

Surpoids

30 à 35

Obésité modérée

plus de 40

Obésité morbide

Attention encore, cette classification reste statistique, elle ne s’applique pas forcément à tous les adultes, notamment les sportifs ou les seniors.

averageLa beauté est remarquable … remarquablement moyenne

Si, à l’aide d’un logiciel de morphing, on compose un visage artificiel à l’aide de plusieurs visages réels, on obtiendra un mix de ces visages, un visage moyen. Et ce visage « moyen » sera jugé plus beau par les personnes interrogées.

C’est ce que montrent plusieurs expériences réalisées à différentes échelles : J.S. Pollard, en Nouvelle-Zélande, a créé un visage composite à l’aide de 6 visages féminins. C’est le visage composite qui a été préféré par les étudiants interrogés. (1)

Si on augmente le nombre de visages à partir desquels on compose le visage artificiel, ce visage composite obtient un meilleur score, d’autant plus si les visages de départ sont de différentes ethnies. La beauté est donc moyenne et multiethnique.

Mais la moyenne n’est pas seule à être considérée comme belle : une équipe de chercheurs britanniques a accentué les caractéristiques de visages composites (de grands yeux ont été agrandis, des lèvres pulpeuses ont été accentuées, etc.). Ces visages obtenaient des scores bien meilleurs. La beauté est donc une affaire de moyenne mais aussi d’exceptionnel. (2)

1 J.S. Pollard, « Attractiveness of composite faces – A comparative study », International Journal of Comparative Psychology, 1995, p. 77-83
2 D.I. Perett, K. May et S. Yoshikawa, « Attractiveness characteristics of female faces : preference for non-average shape », Nature, 368, 1994, p. 239-242


Symétrie et proportions

Une idée largement répandue est de dire qu’une caractéristique commune des visages jugés beaux est que leur harmonie serait une question d’équilibre, de symétrie. Nous serions donc naturellement attirés par une apparence symétrique. Pourquoi cette attirance ? Il semblerait que les mammifères que nous sommes reconnaissent instinctivement la symétrie d’un individu comme un signe de bonne santé et donc de fertilité. Ce serait donc la recherche d’un(e) partenaire sexuel(le) de qualité qui motive notre goût pour les visages et les corps symétriques. (1)

56-researchersdMais la beauté d’un visage pourrait également être une affaire de proportions, comme l’illustre une expérience de 2009 (2). On a fabriqué des visages au départ d’éléments identiques mais en changeant les distances entre les yeux et entre les yeux et la bouche. Il en ressort que les visages jugés les plus harmonieux par les personnes interrogées sont ceux dont la distance verticale entre les yeux et la bouche est de 36% de la hauteur de visage et dont la distance horizontale entre les pupilles est de 46% de la largeur totale du visage.

1 Jean-François Amadieu : Le Poids des apparences, Paris, Oldile Jacob, 2005
2 http://phys.org/news180195066.html

Different-Body-Types90/60/90 : la combinaison gagnante

De nombreuses études montrent que les hommes sont sensibles à des silhouettes de femme qui ont des rapports taille/hanche compris entre 0,6 et 0,8. Et ce, quelle que soit la culture, l’âge ou le milieu socio-économique des hommes interrogés. Ce qui est surprenant, c’est que si on interroge des femmes, ce sont les mêmes types de silhouette qui seront préférés.

À noter, pour les obsédé(e)s du bonnet D, que la taille des seins n’intervient que très peu relativement au rapport taille/hanche : des silhouettes mal jugées par leur rapport taille/hanches ne seront pas sauvées par leur poitrine. En revanche, pour un rapport taille/hanches compris entre 0,6 et 0,8, les silhouettes avec des seins plus gros seront mieux appréciées.

Comme pour la symétrie, ce rapport taille/hanche et la taille des seins seraient des aspects extérieurs de fécondité.

Psychologie évolutive : vous reprendrez bien une petite dose de cynisme ?

Philippe Gouillou, Pourquoi les femmes des riches sont belles, Bruxelles, De Boeck, 2010

Voici une thèse intéressante, défendue par le livre cité ci-dessus : nous héritons des gènes de nos ancêtres par sélection naturelle et ce même mécanisme sélectionne des comportements qui permettent de se reproduire. Romantiques, s’abstenir…

iStock_000014921797MediumDepuis toujours, sur le « marché matrimonial », la pression de l’instinct est forte, tout le monde a le même objectif, même inconscient : avoir une descendance, transmettre ses gènes. Et assurer à sa descendance de pouvoir en faire de même.
Les hommes chercheraient des femmes jeunes et belles. Parce que la jeunesse et la beauté sont des signes extérieurs de fécondité. Les femmes quant à elles, chercheraient des hommes dont la position sociale ou économique leur permettra d’assurer le confort matériel de leurs enfants.

Pour les hommes, l’idéal absolu est de transmettre ses gènes, d’avoir des enfants au-delà de sa capacité matérielle à les éduquer. Bref, la tactique du coucou : aller pondre dans le nid de quelqu’un d’autre.
Pour les femmes, l’idéal absolu est d’arriver à combiner les avantages d’une descendance génétiquement bien dotée (un beau géniteur) avec ceux d’une bonne éducation (un père matériellement aisé). Quitte à ce que l’un et l’autre ne soit pas le même.

Nous transmettons nos gènes à notre progéniture et nous avons hérité de ceux de nos ancêtres. Dès lors que les comportements ci-dessus, même inconscients, même instinctifs, sont un avantage sélectif, ils sont transmis de génération en génération, au même titre que les caractéristiques physiques. Nous aurions donc autant hérité des gènes de nos aïeux que de leur manière de se positionner sur le marché matrimonial.

Mais tout le monde n’a pas le même capital …


Jeunisme, corporéisme, chirurgie :
LES DÉRIVES DU CULTE DE LA BEAUTÉ

iStock_000001776367MediumPapier glacé et mauvaise estime de soi

Contrairement à l’idée largement répandue, l’anorexie ne peut pas être imputée aux standards de beauté inaccessibles que diffusent les séries télé et les magazines de mode. Même si le monde politique n’hésite pas à franchir ce cap et à prendre des mesures très médiatisées pour que le monde de la mode ne fasse pas l’apologie de l’anorexie, aucune étude scientifique ne prouve de lien entre les deux.

En revanche, il y a bien un lien entre ces images sur papier glacé et la mauvaise estime de soi que cela engendre. Une étude américaine de 2007 (1) montre que 3 minutes seulement à regarder des publicités extraites de magazines de mode suffisent à ce que les filles testées réévaluent à la baisse leur degré de satisfaction par rapport à leur physique. À noter que ces filles étaient toutes des étudiantes (moyenne d’âge : 20 ans) de corpulence normale (IMC moyen : 23).

Une autre étude, réalisée à l’Université de Genève, s’est penchée sur l’intérêt que pourrait présenter un avertissement signalant qu’un modèle a été aminci par Photoshop. Il en résulte que les participantes confrontées aux images de modèles minces reconnaissent plus rapidement, dans des listes de mots et de pseudo-mots, ceux liés au suicide que ne le font les participantes confrontées aux images de modèles amincis avec avertissement ou aux images de femmes rondes. (2)

En 30 ans, on est passé de modèles qui portaient du 40 à des filles qui font du 34 !
Elles ont 16 ou 17 ans, pèsent 50 kg pour plus d’1m75 …

1 Hamilton, E., Mintz, L. B., & Kashubeck-West, S. K. (2007) «Predictors of media effects on body dissatisfaction in European American women» Sex Roles: A Journal of Research, 56, 397-402. R
2 http://archive-ouverte.unige.ch/vital/access/manager/Repository/unige:16685

Photoshop

Plutôt qu’un long discours sur ces standards de beauté inaccessibles que nous imposent la mode et la publicité, une séquence d’1 min 30 sur YouTube qui en dit long … http://goo.gl/wuCS

Chirurgie esthétique

En Chine, la croissance économique a créé une nouvelle classe moyenne qui se bat férocement pour monter dans l’ascenceur social. Parmi les armes de cette bataille, le look est devenu un critère décisif pour faire carrière. Et les vêtements de marque ne suffisent plus : il faut changer de tête, se débrider les yeux, se réduire les pommettes, augmenter le volume de ses fesses ou s’allonger les jambes de quelques centimètres.

HyunA_2012Eldorado de la chirurgie esthétique asiatique : Séoul. La Corée du Sud et ses stars de la K-Pop (toutes refaites) ont imposé leurs standards de beauté à toute l’Asie. Et toute l’Asie débarque à Séoul pour se faire opérer.
Entre 2005 et 2008, le tourisme médical y est passé de moins de 1000 patients étrangers à 30 000. Les chiffres de 2012 devraient être aux alentours des 100 000 !

En Europe, la chirurgie esthétique concerne surtout des femmes mûres qui veulent rajeunir. En Corée, ce sont les jeunes qui veulent changer d’apparence. 41% des adolescentes sud-coréennes envisageraient une opération.

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/tourisme/TourScient2.htm
http://madame.lefigaro.fr/societe/canons-de-beaute-made-in-coree-050512-229653

La gueule de l’emploi … ou pas

Dans les épreuves de recutement ou dans l’évolution de leur carrière, les ‘beaux’ sont, là aussi, favorisés … Surtout les hommes : il subsiste à l’égard des jolies femmes un préjugé tenace (les blondes …), particulièrement pour les candidates à des postes dirigeants.

Young man have job interview.Plus qu’un mauvais CV, un physique disgrâcieux est un vrai boulet pour les candidats. 34% des recruteurs estiment qu’un tel physique est une caractéristique négative. Et s’il s’agit de pourvoir à un emploi de commercial, cela monte à 66% ! Plusieurs études ont montré qu’à compétences égales, les recruteurs considéraient comme plus qualifiés les candidats les plus séduisants.(1)

Une étude sur l’évolution de la carrière de militaires américains a également démontré à quel point leur physique (et on ne parle pas ici de compétences sportives) impliquait qu’on les croit aptes à diriger ou non. Les jeunes officiers dont le visage correspond aux stéréotypes de l’autorité (mâchoires carrés, sourcils épais, lèvres fines, oreilles collées) accèdent, au cours de leur carrière, à des grades supérieurs que leurs collègues aux visages plus poupons, et ce quels que soient les résultats obtenus à l’académie militaire. (2)

Le physique, l’apparence, les gestes, etc. seraient donc le reflet d’une personnalité supposée. Personnalité non seulement supposée mais aussi bien plus importante que les compétences effectives. Avoir les mains moites est synonyme de manque d’assurance ; des gestes lents font supposer un manque de réactivité mais des gestes parasites sont un signe de nervosité (qui ne le serait pas à un entretien d’embauche ?), etc. (3)

Pourquoi ?

Depuis qu’ils sont tout petits, les ‘beaux’ sont favorisés : les adultes leur témoignent plus d’attention, ils reçoivent davantage de soutien de la part des profs, ils ont plus d’amis, on les choisit plus facilement comme chefs (de classe, de groupe, etc.). Bref, tout le monde leur montre davantage de reconnaissance, ce qui les aide à se sentir plus à l’aise. C’est l’effet Pygmalion, dont nous parlions dans le nr 340.

1 G. Azzopardi, Les nouveaux tests de recrutement, Paris, Marabout, 1995.
2 U. Mueller et A. Mazur, « Facial dominance of West Point cadets as predictor of later military rank », Social Forces, 74 (3), mars 1996, p. 823-850
3 Jean-Marc Le Gall, « Équilibre du jugement et jugement de l’équilibre : les faits, les mots, le corps dans l’entretien de recrutement », Revue de gestion des ressources humaines, 36, 2000, p. 69-83


BIBLIOGRAPHIE

Jean-François AMADIEU, Le Poids des Apparences, Odile Jacob, Paris, 2005
Philippe GOUILLOU, Pourquoi les femmes des riches sont belles, De Boeck, Bruxelles, 2010
Georges VIGARELLO, Histoire de la Beauté, Seuil, Paris, 2004
Marilou BRUCHON-SCHWEITZER et Jean MAISONNEUVE, Le Corps et la beauté, PUF, Paris, 1999
Julie PATROIS, «Les Mayas, une société très hierarchisée», Historia, n°84, juillet-août 2003, p. 26 à 31
Agnès GAUTHERON, «Quand l’esprit du beau vint à l’homme», Les Cahiers de Science & vie, n°124, août-septembre 2011, p. 28 à 36